Rentrée littéraire #sept2026 – Le Bureau des audacieuses, de Mélanie Sadler

À l’heure où l’on s’alarme du sort de la presse et où la place des femmes dans les rédactions reste un combat, un roman de la rentrée exhume une pionnière qu’on avait presque oubliée : Séverine, première femme à diriger un grand quotidien français.

Le Bureau des audacieuses, Mélanie Sadler, éditions La Tribu, 19 août 2026, 384 pages, 22 € (14,99 € en numérique).

Quel privilège délicieux, durant l’été, que de travailler comme actrice de la chaîne du livre et de pouvoir passer les heures chaudes de l’année à savourer les dernières créations littéraires. La rentrée se prépare comme un grand festin : les épreuves s’alignent sur la table, encore tièdes, et l’on hésite devant le plateau. J’ai picoré dans la sélection sans ordre établi, et je vous livre ici le retour de ma première trouvaille, celle que l’on repère du coin de l’œil et que l’on ne lâche plus.

Un mets de choix. Une écriture magnifique, moderne et énergique, qui vous emporte à chaque page. Une autrice dans la lignée intellectuelle des grandes dames de l’écriture d’aujourd’hui, comme Julia Kerninon ou Lauren Bastide. Un feuilleton historique mijoté longtemps, un travail fouillé nourri d’archives et de périodiques numérisés (ce qui n’est pas un élément anodin pour moi qui travaille aussi dans la médiation numérique de notre patrimoine).

Comment servir la tranche de vie d’une femme si forte, si singulière, mais aussi une tranche d’histoire à cheval entre deux siècles (XIXème et XXème) qui ont bouleversé tant de rapports aux choses ? Tout cela peut se faire de manière incarnée, et Mélanie Sadler y parvient avec une justesse rare.

Dans ce roman au fond historique très fouillé, vous partez à la rencontre de Séverine, femme journaliste pionnière, redonnée à la vie sous la plume de l’autrice, dans un siècle où les femmes n’étaient encore que des mineures incapables, non dotées de droits politiques. On y croise aussi toute la société politique et engagée de l’époque : Marguerite Durand, fondatrice du quotidien féministe La Fronde, et cette galaxie d’audacieuses qui, des salons bourgeois corsetés aux sous-sols enfumés des journaux, des couloirs du palais Bourbon aux premiers congrès féministes, feront entendre la voix des femmes coûte que coûte.

L’autrice nous fait goûter les défis de ce temps, les tensions sociales, la montée des nationalismes et les déchirures de l’affaire Dreyfus, non sans échos avec la période actuelle, de manière si vivante, si fine et si riche qu’elle réactive la curiosité pour mieux comprendre cette période de notre histoire, et peut-être ses ramifications.

C’est un roman qui se déguste avec les cinq sens. On y rencontre le chien de Zola, on y goûte aux mets de l’auberge des Trois Marches à Rennes, on sent la douceur des tissus des robes et l’odeur de l’encre sur le papier chaud, à mesure que se forge le destin d’une femme dont les choix de cœur et de conscience politique vont la mettre en marge des attentes de la bonne société bourgeoise, et dont la pureté d’âme l’appelle à s’engager sur tous les combats qui lui semblent importants. Une belle manière, aussi, de redorer le blason du journalisme et d’y re-voir le rôle de cette profession comme facteur de changement social.

Un régal pour toutes celles et tous ceux qui aiment les romans qui se lisent bien, les romans qui augmentent l’existence, les romans presque feel good  et même, je dirais, pour ceux qui aiment les enquêtes, tant le suspense de ce destin nous tient. Bref, un livre idéal pour faire un pas de côté par rapport au genre littéraire doudou que l’on peut avoir : une gourmandise sans culpabilité, de celles qui nourrissent vraiment.

Lire Séverine depuis la Moselle n’a rien d’anodin. Sa génération a vécu la guerre de 1870 et l’arrachement de l’Alsace-Moselle, cette blessure que notre région porte encore dans sa mémoire. En conservatrice, je mesure chaque jour combien ces archives de presse, aujourd’hui numérisées, forment une mémoire fragile qu’il faut sans cesse réactiver, comme le permettent des projets de conservation tels que Limédia. Le roman de Mélanie Sadler fait précisément cela : il redonne chair à des voix que le papier jauni gardait en sommeil.

Processus : engageons la démarche !

Avez-vous déjà entendu parler de la démarche processus dans vos institutions culturelles ? Cette notion m’a longtemps été inconnue, jusqu’à ce que ma collègue et amie, Julie Caron-Vanesse, m’initie à cette approche et me conduise à m’inscrire à un MOOC sur le sujet. Pour être passée dans de nombreux services ayant des classeurs entiers de procédures à suivre, adopter la pensée processus a été une vraie révélation. Pour partager notre enthousiasme nous avons écrit, à quatre mains, un article dans le cadre de notre formation à l’Institut national des études territoriales.

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, je laisse à ma co-auteure le soin de se présenter.

Retrouvez son profil complet sur LinkedIn.

Mettre les processus au service de la conduite du changement : l’exemple d’un schéma départemental de lecture publique

par Julie Caron-Vanesse et Floriane-Marielle Job

La démarche processus est peu connue au sein des organisations de lecture publique, voire même au sein des collectivités territoriales. Elles sont souvent utilisées par les contrôles de gestion et appréhendés uniquement à travers un prisme financier.

Il paraît important que les managers, et notamment les managers culturels, s’en saisissent pour piloter la politique publique dont ils ont la charge et tous les champs de leurs organisations.

Un processus ?

L’ISO 9000:2000 définit le processus comme un « ensemble d’activités corrélées ou interactives qui transforme des éléments d’entrée en éléments de sortie ».

On distingue plusieurs types de processus :

  • les processus opérationnels
    Ce sont les processus de réalisation, au cœur des métiers de l’organisation, comme par exemple le processus d’inscription d’un usager.
  • les processus support
    Ils sont les supports des processus de réalisation, comme par exemple celui du recrutement.
  • les processus de pilotage
    Ils réunissent les processus non indispensables à la réalisation, mais qui sont au service de la qualité et de la performance de l’organisation, comme par exemple : le processus d’évaluation.

Il existe des standards de modélisation de processus, au rang desquels norme de modélisation des processus métier (BPMN), qui permettent à tous les membres d’une organisation d’adopter un langage commun. La modélisation des processus métier peut être facilitée par l’utilisation de logiciels spécifiques, comme Bizagi Modeler ou Signavio.

Le processus d’élaboration d’une politique publique

L’élaboration d’une politique publique s’apparente à un processus de pilotage qui vise à transformer une vision politique en actions ayant un impact sur le territoire.

Le processus d’élaboration d’une politique publique se fonde sur les ambitions politiques qui sont nécessairement globales, pour aboutir aux réalisations concrètes.

Les interactions entre les acteurs rendent possibles des allers-retours, qui sont souvent souhaitables entre le niveau global et le niveau opérationnel, ne serait-ce que pour explorer les questions de faisabilité.

Le cas d’une politique de lecture publique départementale

Dans le panorama des bibliothèques, les médiathèques départementales ont la particularité d’élaborer et de mettre en œuvre des schémas de lecture publique (appelés également “plan”, ou “plan de développement”). Ils visent à transformer un discours politique en actions concrètes sur le territoire, soit un élément d’entrée en élément de sortie. Pourtant, ils ne sont souvent pas vécus comme tels par les bibliothèques départementales.

Une attention particulière a été portée sur les modalités de construction d’une politique de lecture publique, et ce qui a été l’occasion de travailler à sa modélisation.

Celle-ci permet de rendre perceptible cette nécessaire interaction entre le niveau stratégique et opérationnel dans l’élaboration d’une politique publique. La cartographie d’un processus ne vise pas à figer, mais uniquement à donner un aperçu partageable d’un déroulement ; le processus peut être (et doit être) la cible d’améliorations continues. Notre résultat, le fruit d’un contexte particulier, et sans doute perfectible, peut servir de base et s’adapter à d’autres situations professionnelles.

Pourquoi modéliser un processus ?

Les organisations de lecture publique connaissent déjà une forme de formalisation des différentes activités à travers les procédures. Mais il nous faut distinguer la notion de procédure, de celle de processus.

Les procédures décrivent la manière dont doivent être réalisée les tâches. Il s’agit souvent de documents textuels, qui entrent dans un fort niveau de détails ce qui les rend difficilement appropriables, alors que leur objectif premier était la simplification. La procédure est souvent écrite sans que le processus ait été pensé en amont. En raisonnant d’abord en terme de processus il est possible par la suite de décider, s’il est utile ou non, d’établir une procédure détaillée pour une tâche particulièrement sensible.

La cartographie d’un processus relève tant de la communication que de la structuration d’une activité.

La cartographie des processus a été utilisée comme une méthode de facilitation graphique et vise à rendre l’activité plus appropriable par les acteurs. Son utilisation a été expérimentée auprès de différents types de publics : élu.e.s, cadres, agents. Il s’agit d’un outil facilement compréhensible, bon support pour faire émerger les questionnements et donc lever les incompréhensions et travailler sur les incertitudes. Cette facilitation graphique apparaît comme un atout pour conduire le changement.

En termes de pilotage d’une activité, et au-delà de l’aspect communicationnel, la modélisation d’un processus est un outil pour corriger d’éventuels dysfonctionnements ou améliorer le processus global.

Une modélisation de processus n’est pas un rétroplanning. Ainsi, la cartographie décrit des enchaînements logiques et non des successions temporelles de tâches. En fonction des projets, la construction d’un rétroplanning en complément de la modélisation du processus sera donc une étape indispensable, notamment pour avoir une meilleure visibilité des délais.

Et après ?

En se dotant d’un outil de facilitation graphique tel que la cartographie des processus métiers, l’organisation se donne toutes les chances de conduire sans heurts le changement. Une fois la modélisation réalisée, les dysfonctionnements et/ou améliorations sont alors visibles par tous. Cette lisibilité permet de donner du sens au changement, en en partageant les clés de compréhension.

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