camarade maman, Yan Pradeau, éditions La Tribu, 19 août 2026, 304 pages 21 euros
NOTE DE L’ÉDITEUR : cette chronique a été livrée sans correction de la part d’une IA.
Le génie et la folie, la bourgeoise et la lutte des classes, l’Histoire et les mathématiques, l’amitié et la maladie, l’Allemagne de l’Est et Normal Sup, les secrets de famille et ceux d’État, voilà autant de thèmes qui se croisent dans ce roman captivant qui dépeint à travers le récit d’Eugène un moment si particulier : la fin des années 1980 entre la France et l’Allemagne.
Eugène Hofmann a vingt-deux ans, il vit rue Guynemer dans le VIe arrondissement de Paris, il côtoie les bancs de l’ENS et a beaucoup d’affection pour sa voisine Suzanne, pour laquelle il éprouve des sentiments. Le portrait en surface pourrait paraître banal, ce qui se cache derrière l’est beaucoup moins, Eugène réside avec sa maman, Joanna dans sa loge de concierge et dort à même le sol, il est apatride et trouve dans l’algèbre un espace de liberté et de repos de l’âme.
Le roman s’ouvre sur une phrase à la Camus « J’ai perdu ma virginité et ma mère le même jour ». Après cette disparition, Eugène essaye d’oublier sa réalité en fuyant dans les luttes estudiantines de l’époque, mais le besoin de comprendre cette mère qui ne parlait jamais d’elle-même le rattrape.
Yan Pradeau signe une fiction rythmée, engagée, lucide sur le monde politique et économique qu’elle traverse. L’écriture est originale et fluide, et l’on se laisse emporter sans effort. Une belle manière d’aborder cette période de l’Histoire, notamment avec des lycéens ou des étudiants.
À l’heure où l’on s’alarme du sort de la presse et où la place des femmes dans les rédactions reste un combat, un roman de la rentrée exhume une pionnière qu’on avait presque oubliée : Séverine, première femme à diriger un grand quotidien français.
Le Bureau des audacieuses, Mélanie Sadler, éditions La Tribu, 19 août 2026, 384 pages, 22 € (14,99 € en numérique).
Quel privilège délicieux, durant l’été, que de travailler comme actrice de la chaîne du livre et de pouvoir passer les heures chaudes de l’année à savourer les dernières créations littéraires. La rentrée se prépare comme un grand festin : les épreuves s’alignent sur la table, encore tièdes, et l’on hésite devant le plateau. J’ai picoré dans la sélection sans ordre établi, et je vous livre ici le retour de ma première trouvaille, celle que l’on repère du coin de l’œil et que l’on ne lâche plus.
Un mets de choix. Une écriture magnifique, moderne et énergique, qui vous emporte à chaque page. Une autrice dans la lignée intellectuelle des grandes dames de l’écriture d’aujourd’hui, comme Julia Kerninon ou Lauren Bastide. Un feuilleton historique mijoté longtemps, un travail fouillé nourri d’archives et de périodiques numérisés (ce qui n’est pas un élément anodin pour moi qui travaille aussi dans la médiation numérique de notre patrimoine).
Comment servir la tranche de vie d’une femme si forte, si singulière, mais aussi une tranche d’histoire à cheval entre deux siècles (XIXème et XXème) qui ont bouleversé tant de rapports aux choses ? Tout cela peut se faire de manière incarnée, et Mélanie Sadler y parvient avec une justesse rare.
Dans ce roman au fond historique très fouillé, vous partez à la rencontre de Séverine, femme journaliste pionnière, redonnée à la vie sous la plume de l’autrice, dans un siècle où les femmes n’étaient encore que des mineures incapables, non dotées de droits politiques. On y croise aussi toute la société politique et engagée de l’époque : Marguerite Durand, fondatrice du quotidien féministe La Fronde, et cette galaxie d’audacieuses qui, des salons bourgeois corsetés aux sous-sols enfumés des journaux, des couloirs du palais Bourbon aux premiers congrès féministes, feront entendre la voix des femmes coûte que coûte.
L’autrice nous fait goûter les défis de ce temps, les tensions sociales, la montée des nationalismes et les déchirures de l’affaire Dreyfus, non sans échos avec la période actuelle, de manière si vivante, si fine et si riche qu’elle réactive la curiosité pour mieux comprendre cette période de notre histoire, et peut-être ses ramifications.
C’est un roman qui se déguste avec les cinq sens. On y rencontre le chien de Zola, on y goûte aux mets de l’auberge des Trois Marches à Rennes, on sent la douceur des tissus des robes et l’odeur de l’encre sur le papier chaud, à mesure que se forge le destin d’une femme dont les choix de cœur et de conscience politique vont la mettre en marge des attentes de la bonne société bourgeoise, et dont la pureté d’âme l’appelle à s’engager sur tous les combats qui lui semblent importants. Une belle manière, aussi, de redorer le blason du journalisme et d’y re-voir le rôle de cette profession comme facteur de changement social.
Un régal pour toutes celles et tous ceux qui aiment les romans qui se lisent bien, les romans qui augmentent l’existence, les romans presque feel good et même, je dirais, pour ceux qui aiment les enquêtes, tant le suspense de ce destin nous tient. Bref, un livre idéal pour faire un pas de côté par rapport au genre littéraire doudou que l’on peut avoir : une gourmandise sans culpabilité, de celles qui nourrissent vraiment.
Lire Séverine depuis la Moselle n’a rien d’anodin. Sa génération a vécu la guerre de 1870 et l’arrachement de l’Alsace-Moselle, cette blessure que notre région porte encore dans sa mémoire. En conservatrice, je mesure chaque jour combien ces archives de presse, aujourd’hui numérisées, forment une mémoire fragile qu’il faut sans cesse réactiver, comme le permettent des projets de conservation tels que Limédia. Le roman de Mélanie Sadler fait précisément cela : il redonne chair à des voix que le papier jauni gardait en sommeil.
Alors que se clôture le sommet international de l’essai sportif et que ma fille vient de faire ses premiers pas sous ses propres applaudissements, je reviens dans vos boîtes à lettres numériques parce que malgré la trêve estivale il faut bien aussi continuer à essayer.
Pensée
Essayer : un mot qui évoque toute l’enfance, sa qualité, sa quintessence. Répéter un geste encore et encore jusqu’à le maîtriser, persévérer jusqu’à atteindre cette compétence. Sur le chemin, conserver la candeur et la joie des premières tentatives, même si parfois la frustration et le désespoir prennent le dessus. Il faut essayer pour réussir, se tromper pour avancer, échouer pour progresser. Aucun apprentissage ne se fait sans un effort constant. Mais dans essayer, il y a aussi le plaisir de la découverte, l’élargissement du champ des possibles, le dépassement de soi pour atteindre l’autonomie.
Observer un enfant qui essaie est une leçon d’humilité, un rappel vivant que notre condition humaine nous pousse à toujours apprendre, à trébucher avant de marcher. À l’orée de l’âge adulte, une fois sorti des bancs de l’école, la maîtrise de notre art professionnel tend à nous faire oublier la valeur de l’essai, la richesse de la tentative, et l’importance de l’échec. Acquérir de nouvelles compétences devient alors plus difficile, car on se fige dans ses savoirs et ses habitudes, de peur de la chute.
L’enfant, comme l’athlète, sait que rien n’arrive sans effort et que le plaisir réside également dans l’apprentissage. J’ose espérer qu’en tant que parent, amoureuse, fille, amie, créatrice, manager, chaque jour je continue à trébucher un peu, à chuter, pour toujours trouver une nouvelle maîtrise dans mes gestes et continuer à grandir.
Lecture
Editions Marcel et Joachim
Les éditions Marcel et Joachim s’attachent à créer de beaux objets qui se lisent, se partagent et se contemplent, destinés non seulement aux tout-petits et à ceux qui s’en occupent, mais aussi à tous les amateurs de belles choses. J’ai découvert Le monde de Catherine Lavoie à la librairie du Centre Pompidou de Metz, et c’est une merveille que nous prenons plaisir à feuilleter régulièrement. Cet imagier artistique est une invitation à réaliser soi-même de petits découpages pour illustrer ses propres mots. C’est un objet simple et abordable, facile à manipuler, qui contribue de manière élégante et naturelle à la santé culturelle des tout-petits.
Si vous aviez encore besoin d’être convaincus que cette maison d’édition mérite d’être découverte, je vous invite à consulter le post Instagram de sa fondatrice, que je partage ici. Que dire de plus ?
Il était une fois, dans la vaste savane africaine, une petite girafe nommée Lila. Contrairement aux autres girafes de son troupeau, Lila avait un cou étonnamment court. Tandis que ses amis étiraient leur long cou pour atteindre les feuilles tendres des acacias, Lila se trouvait bien embarrassée. Elle levait la tête aussi haut qu’elle le pouvait, mais les feuilles semblaient toujours hors de portée. Les autres girafes, bien qu’amicales, ne comprenaient pas pourquoi Lila ne pouvait pas se nourrir comme elles.
Chaque jour, Lila essayait différentes stratégies pour atteindre les feuilles. Elle se mettait sur la pointe des sabots, sautait, ou essayait même de grimper sur des rochers, mais rien ne fonctionnait. À la fin de chaque tentative, Lila restait affamée et triste.
Un jour, alors que Lila se promenait seule à la recherche de quelque chose à manger, elle tomba sur un groupe de gazelles. Ces gazelles, avec leurs cornes élégantes et leur démarche gracieuse, étaient en train de manger de l’herbe tendre et des petites plantes poussant au sol. Curieuse et affamée, Lila s’approcha timidement.
Les gazelles, surprises de voir une girafe si près du sol, la regardèrent avec des yeux ronds. Mais au lieu de la rejeter, elles l’accueillirent avec gentillesse. « Bonjour, petite girafe ! Pourquoi n’es-tu pas avec ton troupeau à manger des feuilles en haut des arbres ? », demanda l’une des gazelles.
Lila baissa les yeux, un peu honteuse. « Je n’y arrive pas », avoua-t-elle. « Mon cou est trop court pour atteindre les feuilles. Je ne sais pas quoi faire. »
Les gazelles échangèrent des regards complices. « Ne t’inquiète pas », dit une autre gazelle. « Nous allons t’aider. Viens manger avec nous ! Il y a beaucoup d’herbe tendre ici, et elle est délicieuse. »
Illustration générée par Dall-E
Lila était surprise. Elle n’avait jamais pensé à manger autre chose que des feuilles d’arbre, mais elle décida d’essayer. Elle baissa son cou et prit une bouchée d’herbe verte. C’était différent, mais incroyablement bon ! Et surtout, elle pouvait se nourrir sans difficulté.
Jour après jour, Lila passa de plus en plus de temps avec les gazelles. Ensemble, elles exploraient la savane, découvrant de nouveaux endroits où l’herbe était particulièrement douce et où des buissons bas offraient des baies sucrées. Lila se sentait de plus en plus à l’aise, et surtout, elle se sentait acceptée et aimée pour ce qu’elle était.
Un jour, alors qu’elle mangeait avec ses nouvelles amies, Lila aperçut son ancien troupeau de girafes au loin. Elles semblaient étonnées de la voir si heureuse et en si bonne santé. Lila sourit en les voyant. Elle n’était plus triste de ne pas pouvoir atteindre les feuilles des arbres, car elle avait découvert une nouvelle façon de se nourrir et, surtout, elle avait trouvé des amies qui l’aimaient pour ce qu’elle était.
De temps en temps, Lila rejoignait son ancien troupeau, mais elle revenait toujours vers les gazelles, avec qui elle avait tissé des liens indéfectibles. Elle avait appris que, parfois, les différences qui nous semblent des obstacles peuvent en réalité nous ouvrir à de nouvelles opportunités et à des amitiés inattendues.
Et ainsi, Lila la petite girafe vécut heureuse, entourée de ses amies les gazelles, prouvant que le bonheur se trouve souvent là où on ne l’attend pas.
Où je partage mon dilemme sur les sacrifices faits par amour et un manuel de survie pour mieux communiquer avec les humains petits et grands.
Publication initiale sur la plateforme de newsletter Substack.
Pensée
Je dois vous faire une confession : ces dernières semaines, je me suis plongée avec délectation dans l’univers enchanteur de la saga Bridgerton. Bien que cette série, qu’elle soit lue ou visionnée, suscite des interrogations quant à ses représentations normatives du mariage, de l’intimité et de l’orientation sexuelle, elle m’a offert une échappatoire réconfortante, particulièrement salutaire face aux défis quotidiens tels que les poussées dentaires de mon enfant. Parmi ses nombreux attraits, l’un des plus marquants est sa capacité à aborder de grands thèmes humains, notamment le sacrifice que nous consentons souvent par amour pour nos proches.
Aimer, que ce soit en tant que parent, frère, sœur, amoureux, ami ou enfant, transforme profondément notre être. Cela nous pousse à nous décentrer, à privilégier les intérêts de l’autre au détriment des nôtres, à projeter des sentiments positifs et empathiques sur ceux que nous chérissons. Il n’est pas nécessaire de rappeler les prouesses physiques auxquelles les parents sont prêts pour protéger leurs enfants afin d’illustrer cette capacité à se dépasser pour autrui.
Dans le deuxième tome de la saga Bridgerton, le vicomte Anthony, aîné de la fratrie, fait une série de choix dictés par le devoir, croyant ainsi agir pour le bien de sa famille. Cependant, ce chemin décisionnel menace de le conduire au malheur. Il faudra toute la bienveillance de sa mère et de sa sœur pour lui faire comprendre que ces arbitrages sont loin de rendre service à ses proches et le rendent lui-même profondément malheureux.
Se sacrifier pour les autres est souvent présenté comme une voie noble. Faire passer autrui avant soi peut être gratifiant et valorisant, surtout pour les âmes charitables. En tant que mère, j’ai découvert en moi des capacités infinies à négliger mes propres besoins, plaçant ceux de ma fille en priorité absolue. Cette notion de sacrifice m’interroge car, avant d’avoir des enfants, je trouvais cet oubli de soi dérangeant, peu féministe, et fragilisant pour les femmes dans leur quête d’autonomie physique, intellectuelle, professionnelle, politique ou financière.
En s’oubliant, en se sacrifiant pour leur famille, j’avais l’impression que ces femmes perdaient de vue la cause de leur émancipation, qu’elles se rendaient vulnérables. En réalité, elles étaient plus fortes que moi. Peut-être que la nature est bien faite, et que ce dépassement de soi, lorsqu’on aime véritablement, est la force de l’humanité. Pourtant, quel rôle cet oubli de soi impose-t-il à ceux que nous aimons ? De la reconnaissance, peut-être, mais qu’a demandé l’être aimé pour se retrouver dans cette position ? Souvent rien, surtout lorsqu’il s’agit de jeunes enfants.
Et quand cette reconnaissance n’arrive pas, l’auto-sacrifié se retrouve avec son amertume et ses regrets, distillant des remarques empreintes de rancœur : « Je n’ai pas pu faire ceci ou cela à cause de toi », « Si tu peux faire telle chose, c’est parce que j’ai dû faire tel sacrifice ». C’est un fardeau lourd à porter pour les enfants, qui ne comprendront ces actions que lorsqu’ils seront eux-mêmes confrontés aux mêmes dilemmes.
Faire passer l’autre avant soi lorsqu’il est plus vulnérable est une noble cause en situation de survie, mais un poids bien lourd au quotidien. Alors, que faire si cette posture n’aide pas l’enfant ? Les théories de développement personnel et la psychologie prônent de se connecter à ses propres besoins et de s’organiser pour pouvoir les combler à coup de compromis et de billets. Mais savoir ce à quoi l’on aspire quand son monde intérieur et ses capacités physiques ont changé relève du défi.
Ma liste des priorités est assez claire : ma famille, ma santé et ma créativité. Lorsqu’il me faut faire des arbitrages, c’est toujours cette priorité numéro un que je privilégie. Mais jusqu’à quand et comment savoir si l’on est allé trop loin par un sens du devoir mal calibré ? Jamais je n’ai demandé à ma mère de se sacrifier pour moi, et pourtant, je sais bien que sans ses choix faits par amour, mon chemin n’aurait pas été le même. Chaque jour doit-il être une danse un peu folle pour équilibrer toutes les priorités que l’on s’est fixées ?
Ma réflexion du jour n’apporte guère de réponses définitives et invite plutôt à une introspection quotidienne pour analyser les origines de nos inclinaisons. Si les actions entreprises sont motivées par le désir de reconnaissance et la valorisation extérieure dans le rôle de “bon parent”, alors peut-être qu’un réajustement est nécessaire. Si, au contraire, nos actions sont dictées par nos valeurs propres et parce qu’elles sont importantes pour nous, même si cela implique de prioriser l’autre, alors ces options semblent plus saines. Cela n’empêchera certes pas de se tromper par amour, mais permettra peut-être de sortir de la posture de l’être aimant qui s’est sacrifié pour, et devenir plutôt l’être d’amour qui agit selon son propre compas de valeurs.
À chaque décision majeure qui me conduit à mettre mon propre confort à l’épreuve, je sonde mon cœur pour en connaître l’origine. J’aspire à me dire : « Je fais cette action car il est important pour moi d’être présente pour ma fille, de lui offrir sécurité et disponibilité, parce que c’est la personne que je souhaite être. » Tout cela, en essayant de ne plus oublier mes propres besoins essentiels.
Lecture
Je découvre avec joie le plaisir d’avoir une enfant capable d’exprimer ses besoins alors qu’elle n’a qu’un an. Elle a sans doute atteint un niveau de développement personnel bien supérieur au mien (vive les nouvelles générations), que je ne veux pas étouffer dans l’œuf. Cependant, j’aspire aussi à mener une existence équilibrée et à lui offrir des repères stables pour se construire et surtout pas à courir tous les soirs après un bébé qui pleure. Dans ce paysage complexe et mouvant, qui semble se recomposer tous les jours pour elle comme pour nous, le guide qui m’accompagne en ce moment est la version pour les tout-petits de l’approche d’Adèle Faber et Elaine Mazlish : Parler pour que les tout-petits écoutent : Un guide de secours pour le quotidien avec des enfants de 2 à 7 ans par Joanna Faber et Julie King.
Cet ouvrage déculpabilisant, didactique et illustré aborde de nombreux cas concrets de gestion des émotions, des conflits et de la sensibilité chez les enfants. Chaque chapitre propose des outils concrets pour établir une communication efficace, adaptée et ludique avec ses enfants afin de surmonter les conflits du quotidien. Les autrices partagent leurs propres échecs et encouragent à mener des échanges, formalisés ou non, dans des cercles de paroles, sur les astuces mises en œuvre pour améliorer la communication avec les enfants.
C’est un ouvrage formidable, une approche qui fait sens pour moi, et je suis très reconnaissante envers l’amie qui m’a fait découvrir cette méthode. Je me permets donc de passer le mot et ce qui est merveilleux c’est que les principes de communication sont également déclinable à destination des adultes !
Cette semaine, je vous propose une petite invitation à la compassion et un conte de ma plume.
Pensée
Avant j’avais des principes, maintenant j’ai un enfant. La petite enfance met à l’épreuve ma résistance au changement en m’apprenant à naviguer avec le courant.
La parentalité est une période de transition intense qui rend si évidente la différence entre mes attentes et la réalité. Je suis partie pour ce grand voyage armée de mon amour pour mon conjoint et de mes valeurs environnementales et sociales. J’avais en tête tout un panel de choses à faire : les couches lavables, le batch-cooking de petits pots, la diversification alimentaire menée par l’enfant, la motricité libre, le portage physiologique, les approches montessori et la naturopathie. Mais voilà le résultat après N+1 : notre fille est née dans des circonstances théâtrales nécessitant l’usage immédiat d’une batterie d’antibiotiques. Nous avons opté pour des couches jetables, des lingettes, le sopalin et même des petits pots bio du commerce. Nous avons également acquis un parc, un transat et même un porte-bébé préformé. Pour couronner le tout, je me retrouve à faire des Facetime avec ses grands-parents. Même pour quelqu’un comme moi, habituée à la danse classique, c’est un bel exercice de grand écart. Et ce n’est pas toujours facile de naviguer au quotidien entre l’image du parent que l’on aurait voulu être, celui que l’on pensait devenir, et celui que l’on est vraiment, surtout quand le mode survie s’enclenche.
Pour ma part, le mode survie a débuté après un mois de nuits foutues en l’air par un bébé effrayé dans ce nouveau monde, réclamant lait et chaleur humaine. Je n’en suis pas encore sortie ; pourtant, chaque jour m’oblige à composer avec mes propres attentes et la réalité, apprenant à nager avec le courant plutôt qu’à m’épuiser à vouloir le remonter. Je ne souhaite pas que ce contenu devienne aliénant pour ceux sans enfants, par choix ou par circonstance. Je profite donc de l’occasion pour ajouter que ce ressenti n’est pas propre à la parentalité, mais qu’il nous traverse universellement lors des grandes transitions et changements de vie.
La grande vague, Cette, 1857, photographie de Gustave Le Gray
Alors que je m’évertue dans mon travail à accompagner le changement et à faire percevoir ses vertus aux plus réticents, cette expérience personnelle m’a fait réaliser que je détestais cette période d’instabilité, de remise en question et de transformation, me poussant à devenir le contraire de moi-même. Je continue de croire qu’une fois sortis du mode survie, je pourrai renouer et intégrer mes valeurs plus subtilement dans mon quotidien et dans l’éducation de notre fille, même si je peux encore me tromper. Quoi qu’il en soit, cette période de grande transformation m’a appris à être plus compréhensive et flexible face aux défis que peuvent traverser les autres. Petits ou grands, ces changements nous mettent à l’épreuve, nous fragilisent, nous rendent ductiles. Mais j’espère encore qu’ils nous permettront de devenir meilleurs et plus sages.
Histoire
Un conte abécédaire pour nous inviter à célébrer les mots, la solidarité et la diversité.
Ce matin, tu t’es réveillé et tous les mots avaient disparu. Dans les bouches, les journaux, sur les enseignes et dans les livres, il ne restait même pas leurs ombres.
Pour toi, qui chéris tant les histoires et les doux mots des gens qui t’aiment, cette disparition était un drame.
Alors, tu t’es souvenu, dans ta tête, à travers quelques images, d’un conte que te racontait ta grand-mère : au-delà des montagnes, existait une vallée où fleurissaient les lettres. Sans lettres, point de mots. Peut-être là-bas trouverais-tu une explication, voire une solution, à la tristesse grandissante des gens privés de mots.
Tu as rassemblé quelques affaires, des vivres, et appelé ton chien pour qu’il t’accompagne. Puis, tu as pris la direction du Nord. Il a fallu te fier à la mousse aux pieds des arbres, car même sur les cartes, toutes les indications avaient disparu. La marche, les intempéries, la solitude, tout cela ne te faisait pas peur d’habitude. Mais là, sans pouvoir parler à ton chien, chanter pour te donner du courage, ou murmurer une pensée pour les personnes que tu aimes, tout semblait plus difficile.
Le silence, voilà ce qui a rythmé ton voyage. Des kilomètres de plaines ont fait place à la forêt, et c’est là que tu as entendu quelque chose pour la première fois : le chant d’un oiseau. C’était si beau qu’une larme a roulé sur ta joue. Tu as alors compris que les notes de musique, elles, n’avaient pas disparu. Tu t’es mis à siffler une belle mélodie, puis tu as souri pour la première fois depuis le début de cette aventure.
Après la forêt, il y a eu le froid des sommets. Tu as même cru apercevoir un léopard des neiges. Une fois la montagne franchie, tu t’attendais à retrouver le ciel bleu et la chaleur des rayons du soleil. Mais plus tu descendais vers la vallée, plus il faisait sombre et glacial.
Tu t’enfonçais dans un épais brouillard couleur de nuit. T’étais-tu trompé de chemin, ou bien les histoires que te racontait ta grand-mère n’étaient-elles que des légendes ? Fatigué, découragé, tu finis par t’endormir au pied d’un arbre, ton chien blotti contre toi pour vous tenir chaud.
Dans ton sommeil, ta mamie te rend visite. Tu vois son sourire et son regard qui inspire confiance. Dans ce rêve, c’est comme si elle t’envoyait des réponses à tes questions. Au matin, tu te réveilles toujours dans cette épaisse brume, mais au moins tu sais quoi faire.
Tu es au bon endroit. Dans quelques mètres, ce sera la vallée des lettres. Tu comprends aussi qu’avec cette pénombre et ce froid, les lettres ne doivent plus pouvoir pousser. Qu’est-ce qui a bien pu conduire à ce changement climatique ? Cela, tu l’ignores, mais tu sais qu’il te faut préserver les graines lettres si tu veux que les mots reviennent.
Un véritable désastre s’étend devant tes yeux. Là où tu aurais dû t’émerveiller devant d’innombrables fleurs-lettres de toutes les couleurs, tu n’as devant toi que des plantes fanées et grises. Alors, méthodiquement, tu te mets à récolter les graines cachées dans les lettres mortes : A, B, C, D, E… Tu parcours tout l’alphabet avec minutie, préservant dans de petits sacs en tissu les derniers fragments d’espoir pour sauver les mots.
Ici, la nature est devenue trop triste. Il faudra planter les fleurs-lettres ailleurs. Peut-être que la vallée était trop éloignée du village, et les gens ont oublié de prendre soin de l’environnement ? À ton retour, tu confieras chaque graine de lettre à un habitant qui devra en être le gardien. Ils devront veiller sur leur fleur-lettre pour assurer que les mots continuent à croître et à s’épanouir.
Collection RNN
Tu te mets en route, les petits sacs de graines serrés contre ton cœur. Ton chien et toi, vous avez presque le sourire aux lèvres. Lorsque tu arrives au village, tu cours vers la maison de tes grands-parents. Mais pas le temps de les prendre dans tes bras, tu te précipites vers la remise où tu rassembles tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à un pot de fleur. Une fois que tu as réuni vingt-six pots, tu les remplis de terre avant d’y planter les graines de chacune des lettres de l’alphabet. Avec un vieil arrosoir en fer, tu verses un peu d’eau dans chacun. La prochaine étape ? Confier chaque fleur-lettre à un villageois.
La première personne à qui tu penses, c’est celle sans qui rien n’aurait été possible : ta grand-mère. Tu cours dans sa cuisine, déposes le pot contenant la lettre A au bord de la fenêtre baignée de lumière, puis tu vas l’embrasser tendrement. Elle te regarde, les yeux pétillants. Vous le savez tous les deux, deux mots viennent de renaître : aimer et audace. L’amour, parce que c’est le sentiment que vous partagez ; l’audace, parce que c’est la force qu’elle t’a donnée.
C’est ainsi que tu as compris que pour faire revenir les mots, il ne fallait pas seulement sauver les fleurs-lettres. Les gens devaient aussi donner du cœur et transmettre leurs valeurs pour que le langage revienne. Tu commences alors le tour du village pour poursuivre ta mission. Ton chien tire fièrement derrière lui une petite charrette où tu as placé tous les pots.
Tu t’arrêtes d’abord à l’école, où tu retrouves ta maîtresse qui, malgré tout, s’occupe des enfants en communiquant par des dessins et en sifflotant. Lorsqu’elle reçoit le pot de fleur lettre B, le mot bienveillance apparaît.
En chemin, tu croises une infirmière qui navigue de patient en patient, faisant preuve d’intuition pour comprendre les maux des malades. Elle veillera sur la fleur lettre C. Son grand cœur et son sens du service font renaître le mot courage.
La prochaine porte à laquelle tu frappes est celle d’un avocat, défenseur des gens du village. Derrière lui, sa petite fille tient une baguette magique qu’elle a fabriquée elle-même. Lorsque tu leur tends les lettres D et E, apparaissent les mots droiture et émerveillement.
Tu passes ensuite à la bibliothèque, où tu trouves la bibliothécaire animant un théâtre d’ombres faute de pouvoir lire des histoires aux enfants. Tu poses la fleur lettre F sur le bureau d’accueil et l’énergie du lieu fait éclore le mot fraternité. Tu remarques aussi deux parents qui sont famille d’accueil pour des enfants dans le besoin. Tu leur confies les fleurs lettres G et H, et leur présence fait renaître les mots gratitude et hospitalité.
En chemin vers la place centrale du village, tu passes devant un café où un artiste et un philosophe sont attablés, tentant de refaire le monde comme avant. Tu apportes les fleurs lettres I et J et grâce à eux reviennent l’innovation et la joie. À côté, l’échoppe d’un potier japonais expose de magnifiques bols en céramique, certains recollés à l’or fin. En faisant un petit salut traditionnel japonais, tu lui confies la fleur lettre K et le mot qui apparaît est kintsugi, symbole de son travail.
Collection RNN
Arrivé sur la place du village, tu t’aperçois que de nombreux habitants sont sortis de chez eux et se rassemblent comme pour t’attendre. Sans doute t’ont-ils vu parcourir la ville. Cela tombe bien, penses-tu, tu as encore beaucoup de pots dans ta charrette. Les villageois curieux s’approchent de toi et tu commences à distribuer les pots.
Un chef d’entreprise prend la fleur lettre L et le mot leadership, symbole de son engagement à diriger ses équipes, renaît. Un ingénieur permet au mot maîtrise d’apparaître en acceptant de s’occuper de la fleur lettre M. Une mère et son enfant approchent pour prendre les fleurs lettres N et O. Leurs yeux pétillent quand apparaissent les mots nouveauté et optimisme.
Il te vient alors l’idée de prendre soin toi aussi d’une fleur lettre, pour ressentir ce que tu as vu émerger chez chacune des personnes acceptant un pot. Tu choisis la fleur lettre P et tu sens monter en toi une chaleur et une joie qui font éclore dans ton esprit et pour tous le mot persévérance. Cela te ressemble finalement bien.
Un vieux médecin chinois, accompagné de ce qui semble être son patient, s’avance. Après avoir pris dans leurs bras les pots des fleurs lettres Q et R, les mots Qi pour l’énergie vitale en chinois et résilience pour la force de dépasser les épreuves, apparaissent.
Les personnes continuent d’affluer sur la place, et un agriculteur, accompagné de sa vache, s’approche de ta charrette pour prendre la fleur lettre S. Comme son métier l’oblige à soutenir tous grâce à la nourriture qu’il produit, le mot soutenir apparaît.
Toute une équipe de bénévoles d’une association d’aide aux plus démunis s’approche. Leurs grands cœurs ne peuvent rester insensibles à la mission que tu proposes. Ils s’emparent des fleurs lettres T, U, V, W et X. Pas forcément les lettres les plus utilisées, mais elles pourront compter sur leur vigilance. Les mots tolérance, unis, volontaires, woke et xénophile renaissent alors.
Il ne reste plus que deux pots, et ta mission sera accomplie. Un professeur de yoga et un moine bouddhiste s’avancent pour prendre les fleurs lettres Y et Z. Comme un cycle qui se termine, les mots yoga et zen reviennent.
C’est alors qu’une grande bourrasque de vent balaye la place, emportant avec elle les pollens des fleurs lettres et permettant de faire renaître partout, dans les livres, sur les enseignes et dans les bouches, les mots qui vous avaient tous manqués. Les gens parlent, crient, rient et chantent. Tu avais presque oublié la joie que procure cette joyeuse cacophonie.
Tu es conscient qu’il ne faut pas s’arrêter là, qu’il faut expliquer ce que tu as vu et alerter sur l’importance de prendre soin de la nature et des fleurs lettres pour éviter que cette catastrophe ne se reproduise.
Les gens t’écoutent d’un air grave, comprenant l’importance de ce qui se joue. Avec tous les villageois, vous décidez de définir un abécédaire des grandes idées qui devront guider votre action pour préserver votre environnement. D’où viennent les mots qui composent cet abécédaire ? Évidemment, ce sont les premiers qui sont réapparus lorsque tu as réussi à sauver les fleurs lettres : les 26 mots du courage et de la renaissance du langage.
A – Amour B – Bienveillance C – Courage D – Droiture E – Émerveillement F – Fraternité G – Gratitude H – Hospitalité I – Innovation J – Joie K – Kintsugi L – Leadership M – Maîtrise N – Nouveauté O – Optimisme P – Persévérance Q – Qi R – Résilience S – Soutenir T – Tolérance U – Unis V – Volontaires W – Woke X – Xénophile Y – Yoga Z – Zen
Je vous remercie de votre lecture, n’hésitez pas à me faire vos retours et à partager ces textes ! Je travaille à terme à mieux illustrer ces publications.
La parentalité, voilà un voyage intérieur remuant. Depuis le jour 1 in utero, c’est pour moi une levée quotidienne du voile sur ma propre enfance. C’est l’occasion de luttes politiques au sein du couple comme à l’extérieur du foyer, une source d’inquiétudes micro et macro – allant du petit rhume aux questions sur l’avenir du monde – mais aussi une manière intuitive de se reconnecter aux joies simples.
Pour faire face à ce tourbillon, chacun s’en remet à ses propres bouées de sauvetage, des outils aiguisés au fil du temps pour l’aider à mieux comprendre le monde. Pour moi, les lettres demeurent ce refuge, à travers la lecture comme l’écriture. Je souhaite donc profiter de ce nouveau format, vous partager mes réflexions, conseils lecture et petites histoires qui rythment le temps de l’enfance.
Livre
La matressence : je ne voulais pas y croire, je ne voulais que rien ne change, rester la même. Pourtant, tout est bien différent. Mes questionnements, mes doutes, mes peurs rejoignent aujourd’hui, que je le veuille ou non, les interrogations que les parents et tous ceux qui s’occupent des plus petits partagent depuis toujours. J’aurais aimé avoir plus de réponses, plus de confiance, plus de certitudes. À l’heure où le marketing s’enfonce dans ces failles, cela m’aurait sans doute permis d’économiser quelques euros.
Lorsque l’on parle aujourd’hui de puériculture et de pédagogie, il y a évidemment un nom auquel on ne peut échapper et qui se veut être le garant du bien-être de l’enfant : Montessori. Avant d’être un argument commercial pour vous faire sortir votre carte bleue pour cette arche de motricité ou ce service en porcelaine, il y a la pensée d’une femme, Maria Montessori.
C’est à travers l’ouvrage Montessori, Une conquête d’indépendance, Lettres sur l’éducation et un monde nouveau aux Éditions L’Orma, dans leur jolie collection de Livres à expédier, que j’ai pu percevoir, à travers sa plume, qu’elle faisait de l’enfance une question éminemment politique. Maria Montessori, en s’attachant aux enfants les plus faibles de notre société, prône une approche collective de l’éducation des petits, portée par les familles ensemble au niveau de leurs quartiers et par les pouvoirs publics, tout en ayant un souci pour le réenchantement du quotidien par le beau.
Nous sommes loin des contenus policés des réseaux sociaux qui peuvent être culpabilisants pour les parents fatigués qui n’ont pas le temps de mettre en place leur rotation de jouets ou de prévoir une activité pédagogique pour leur seul enfant. Le manque de sommeil, de confiance en soi et la peur de demain ne rendent pas aisé le fait de s’engager politiquement sur ce temps de l’enfance. Pourtant, ce texte est un rappel bienfaisant et une invitation nécessaire.
Histoire
La courageuse petite orange
À Tanger, au nord du Maroc, se trouvait une magnifique orangeraie connue dans toute la ville. À l’approche de la saison de la récolte, une petite orange avait une grande ambition : devenir le fruit le plus succulent, le plus gros et le plus juteux de l’orangeraie. Elle rêvait d’être dégustée pressée ou même transformée en un délicieux gâteau. Pour y parvenir, elle avait décidé de pousser sur la plus haute branche de l’arbre, là où les rayons du soleil étaient les plus chauds. Rapidement, elle devint d’une belle couleur orange avec des nuances de rouge.
Quand les cueilleurs arrivèrent, portant de lourds paniers, la petite orange était à son maximum de saveur et attendait impatiemment qu’on vienne la cueillir. Mais elle était si haute dans l’arbre qu’aucun des jeunes cueilleurs n’osait grimper pour la saisir. Les jours passaient, et la petite orange commençait à craindre de finir desséchée ou moisie, sans jamais avoir été savourée. Tous ses efforts auraient été vains.
Non loin de là, dans une école de la ville, une classe de maternelle se préparait à faire un voyage à Paris. La maîtresse avait parlé des monuments qu’ils allaient visiter, et les enfants étaient tous impatients, sauf Tania, qui avait le vertige. Elle redoutait de ne pouvoir profiter de la visite de la Tour Eiffel. Décidée à affronter sa peur, elle donna rendez-vous à ses camarades à l’orangeraie un mercredi après-midi. Grimper à un arbre serait une première étape avant le grand voyage.
Ses amis l’encouragèrent, mais en se plaçant au pied de l’arbre, Tania sentit sa peur monter. Elle prit une grande inspiration et commença à grimper. Les premières branches furent difficiles à atteindre. En levant les yeux, elle aperçut tout en haut une orange juteuse. La perspective de l’atteindre lui donna du courage. Branches après branches, pieds après pieds, Tania avançait, même si ses mains lui faisaient mal et qu’elle évitait de regarder en bas. Finalement, elle attrapa l’orange et la glissa dans sa poche.
La descente de l’arbre n’était pas plus facile, mais Tania prenait confiance en elle. Elle évita de glisser et arriva enfin au sol, accueillie par les acclamations de ses amis. Heureuse et fière d’avoir combattu sa peur, elle sortit l’orange de sa poche et partagea ses quartiers avec ses camarades.
Et la petite orange, elle, savourait d’être devenue le fruit d’une si belle victoire.
Pour prolonger l’histoire :
Avez-vous déjà eu peur de quelque chose ? Comment avez-vous surmonté votre peur ?
Quelle est votre friandise préférée à base d’orange ?
Si vous pouviez grimper à un arbre pour attraper quelque chose, qu’aimeriez-vous trouver tout en haut ?
Il rayonne, il palpite et sort de lui comme un léger grésillement. Planté là, au milieu du trottoir, il est impossible de dire ce qu’il était censé éclairer.
Elle, seule. Fin de soirée de novembre, l’âme un peu trop chahutée par la vie et les larmes aux yeux, elle avance péniblement. Sans doute l’alcool, sans doute la tristesse, qui pèsent dans ses jambes et la font tanguer. À ce moment-là, il lui semble que demain ne veut plus rien dire. Cette petite rue, elle la pratique tous les jours.
Les habitudes effacent les détails, rendent le paysage anonyme, sans relief. Peut être parce que les circonstances sont différentes ce soir ou peut être parce qu’elle n’a plus rien à perdre, à travers le voile de larmes elle voit pour la première fois la beauté des lumières de la nuit. Tons or et oranges sur fond bleu Pantone 19-40502, tac tac des talons sur les pavés et froissements de feuilles pour seul décor. Il reste ça au moins, la beauté, même si l’avouer lui arrache le ventre.
Dans son cœur comme un écho, des bruissements ressentis dans tout son corps, d’où cela peut-il venir ? Un candélabre, il frémit, sa lumière semble scintiller différemment aussi. Elle se demande d’où peut venir ce bruit qui résonne en elle. Il semble trop étrange pour être seulement être le fruit d’une erreur de branchement de la société de fourniture d’électricité. Un petit éclat de cette lumière se réfracte dans son pendentif Belive in magic. Peut-être que si elle s’approche elle découvrira un accès vers un autre monde ? Peut-être que si elle y croit suffisamment fort tout pourra changer ?
Il semblerait bien que ce soit toi qu’elle regarde. Toi au cœur de cette foule. Des yeux immenses, ça dessine comme des soleils avec ces cils infinis. Tu ne t’es jamais senti autant vu de ta vie, c’est quelque chose qui dépasse le simple croisement de regards. Tu doutes pourtant. Elle ne peut pas vraiment s’intéresser à toi, franchement tu ne le mérites pas, non ? Tu essayes de poursuivre la conversation commencée avant que ces deux immensités ne se posent sur toi. Voilà qu’elle te sourit, ça illumine son visage et ça semble vouloir dire « bienvenue, je t’attendais ». Derrière ton masque, celui en papier et les mille autres intangibles, tu lui retournes timidement ce signe de connexion, pas encore tout à fait convaincue. Cette question qui revient, pourquoi toi ? Si ça se trouve tu as un truc qui cloche sur ton visage qui appelle plus un rire, qu’un sourire.
Mais voilà qu’elle te tend les bras, à toi, levant tous les doutes. Elle est là avec ces yeux châtaigne magnifiques, sa peau porcelaine, son sourire plein de malice, son front balayé par une légère frange, et elle te tend les bras. Une manière de te dite « toi je te fais suffisament confiance pour m’abandonner au contact de ta peau ». Tu laisses tomber les masques, pour confirmer qu’il n’y a pas méprise ou confusion et lui rendre son sourire, le tiens plein de dents. Toujours ses bras et son envie d’aller vers toi. Tu n’as jamais fait ça, tu as souvent eu peur ou pas su comment accueillir. Depuis quelques mois pourtant tu as observé l’effet que ça pouvait faire de s’abandonner à l’instant, au pouvoir d’un regard.
Tu tends les bras et ce petit corps plein de joie quitte les bras de sa maman pour prendre place dans les tiens. Comme ça et ça paraît évident. Sentir la vie et le futur palpiter sous tes doigts met fin à toutes tes interrogations sur le monde, ne reste que la confiance et la sérénité. Elle semble bien, avec toi. Pourtant tu doutes encore, tu ne voudrais la priver de rien. Elle sait qu’elle n’a pas envie tout de suite de retrouver les bras refuge de celle qui est encore une extension d’elle-même. Vous vous colleriez presque, front contre front, à vous raconter les secrets de l’univers. A ce jeu tu paries qu’elle en sait déjà plus que toi. Saisir ces moments de pur bonheur, tu ne sais pas trop faire. Alors tu l’invites à regagner le confort du connu. Toi pour la première fois tu as été confronté à l’inconnu, à l’indicible aussi. Un petit geste d’au revoir puis tu t’éloignes. Tu sens encore dans tes bras, contre ton torse, dans ton cœur, le poids de sa présence, de la vie et de l’avenir. Avec la trace de ce poids dans le corps, tu repars en te faisant la promesse d’être à la hauteur pour que son demain et celui de tous les autres ne soit pas trop incertain.
Il y a ce feu dans mon ventre Quand je me lève, il est petites braises Au fur et à mesure de la journée, il grandit Promis je ne souffle pas dessus pour l’attiser J’essaye de me concentrer De faire comme si au fond de moi ça n’existait pas
Je fais bonne figure Etre là pour ceux qui comptent sur moi Professionnelle, qu’ils disent C’est pourtant ton nom qui occupe mes pensées Je vois tes yeux, ton sourire, tes mains Il faut que je m’arrête là, ne pas aller plus loin
Quand je pense à tes caresses, à ton souffle sur ma peau Si je ne contrôle pas mon esprit Il part dans ce territoire que l’on habite toi et moi la nuit Dans cet espace où il n’y a plus de langage Privée de la vue, privée de l’ouïe Mon corps s’abandonne entre tes mains
Le feu se propage, l’incendie est déclaré Ça pourrait être un feu de joie Autour duquel nous danserions Compter les jours, les heures avant de te retrouver Espérer alors l’embrasement complet Jouer avec le feu
Te voilà, tu es là Tes yeux, ton sourire, tes mains J’imagine déjà tes caresses et le frisson de tes baisers Mais ton corps se dérobe Je nous rêvais continent et je te découvre île à la dérive La fusion tombe à l’eau
Du feu ne reste que la fumée Noire, toxique Elle a le goût de l’amertume et des rêves en éclat Pourtant tu es toujours là Il reste tes yeux et ton coeur malmené par la vie Je comprends peu à peu ce qui m’attend
Devenir pompier de ma propre incandescence Calmer la flamme pour te donner du temps Tu pars à ta propre reconquête J’apprends à t’apprivoiser Petite flamme de bougie, qu’un souffle peut éteindre Espérer qu’à deux nous redeviendrons grand feu
Ça s’agite dans mon corps, grognements, fourmillements, sifflements, contractions. Il est prêt à partir au combat, mais contre qui ? Le seul danger dans cette histoire, le seul bourreau, c’est mon esprit. Au lieu de danser avec la vie, ce con là a décidé d’être en lutte. Du coup la carcasse suit le mouvement.
Le seul endroit confortable, le seul refuge pour eux semble le pays des souvenirs. Le présent tape trop fort ou sonne comme à travers du coton. Le futur s’élève à des hauteurs inatteignables, écrase avec son lot de questions sans réponses et sent déjà le roussit. L’odeur que j’aime moi, c’est celle de la nostalgie. Je pourrais passer des après-midi entiers à m’enfiler les cassettes mentales des épisodes précédents qu’ils soient heureux ou doux-amers. Les terribles, ceux qui font trop chialer, sont dans des espaces de stockage internes nécessitant d’y aller accompagné. Une fois la bonne pellicule trouvée, je déroule, j’analyse et savoure, enfin. Il m’arrive de rembobiner plusieurs fois pour tenter de comprendre et puis finir par réécrire ma propre histoire.
Le danger de ces petites séances de projections, c’est qu’en se complaisant dans ce re-jeu, je passe à côté des nouveaux souvenirs qui attendent là, dehors. Sans nouveautés, je risque alors de convoquer en boucle les mêmes histoires jusqu’à m’en rendre malade et leur faire perdre de leurs saveurs.
Alors cher corps, il serait temps de calmer le palpitant, de retrouver son souffle, de dénouer ses entrailles pour partir vivre un peu. Ne serait-ce que pour s’assurer d’avoir de la matière quand la saison de la mélancolie sera revenue. Accroche toi au printemps et malgré tout à ses promesses.